journal

du maquillage

 

Le meilleur maquillage, n’est-ce pas dormir. Aller à la piscine et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et écouter de la musique et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et écouter de la musique et aller au cinéma et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et écouter de la musique et aller au cinéma et faire des films et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et écouter de la musique et aller au cinéma et faire des films et boire des coups avec les amis et dormir.

Ou bien quoi.

 

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Gygès

 

Chacun picore dans un coin du jardin. À la moindre manifestation humaine, les moineaux fuient à tire-d’aile. Le ramier, non. Il s’immobilise. Voyez, on ne me voit plus. Je ne bouge plus, je suis invisible.

Ça me touche infiniment. Peut-être parce que je lui ressemble.

 

father The Chair

 

– J’ai peldu mon mali !

Elle erre dans les allées du Père-Lachaise, seule avec son accent slovène. L’employé du cimetière est très bien, très en empathie.

– C’est bien malheureux, Madame

– Je veux, je dois le letlouver !

L’homme soupire.

– Un jour, Madame, c’est sûr… Je crois à ces choses-là, moi…

Elle s’entête.

– Non, pas un joul, aujould’hui !

L’homme secoue la tête.

– Oh non, Madame. Il ne faut pas dire ça, je vous assure…

– Mais vous ne complenez pas. J’ai peldu mon mali. Je letlouve plus sa tombe ! Aidez-moi !

 

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Merci à K pour cette histoire vraie

du vocabulaire

 

Je lis algarade dans le journal et me voici sans prévenir un siècle en arrière, en classe de 3e.

 Acte I

Agathe, deux ou trois autres filles et moi écrivons une pièce de théâtre. Sérieux. Nous nous réunissons une ou deux fois par semaine. Ça avance. Une femme (Élise ? Adèle ?) survient dans une maison et bouleverse un peu tout, remuant le passé ; elle n’est pas l’étrangère qu’on croyait. Bref, un drame un peu compliqué. Et le mot algarade. L’un des personnages disait quelque chose comme « Nous ne la reverrons pas de sitôt, après l’algarade de tout à l’heure ».

 Acte II

Nous confions notre manuscrit à notre professeur de français, Mme Abbat – paix à son âme. Sladit, elle nous rend la pièce fortement annotée, comme une vulgaire rédaction. Merci, mes enfants, je l’ai lue ce week-end avec des amis, après dîner, c’est plus vivant, n’est-ce pas… Comme nous avons ri ! J’ai pleuré de rire !

Sourires de façade, effondrement interne.

Acte III

Enfin seules, explosion. Elle a rien compris, elle nous prend pour qui, qu’est-ce qu’elle nous a mis, etc. Nous feuilletons notre œuvre. Du rouge du rouge du rouge et surtout, elle avait biffé le mot algarade.

 

cyrano

chocolat

 

Elle déboule dans la salle commune. Je ne la connais pas vraiment mais me souviens qu’elle avait dit un jour que ce qu’elle aimait par-dessus tout quand elle préparait des tests, c’était de piéger les candidats. Elle est là, avec un manifeste besoin de parler. Voix de crécelle – les étudiants sont nuls, d’ailleurs il y en a une qui s’est mise à chialer en plein examen, j’en ai vraiment marre. Comme je lève un nez interrogateur en tournant une page, elle me tend un morceau de sa tablette de chocolat.  – Non, merci.

Dix minutes plus tard, Geneviève débarque, autant dire la rosée, malgré l’heure tardive. On vient de lui offrir une chic boîte de chocolats, qu’elle me tend. Sans réfléchir, j’en prends un, puis deux. Imagine alors seulement le regard de la crécelle d’en face.

Il est des moments, oui, où mon corps a les mêmes idées que moi.