inconditionnels

Je me souviens (5)

230 – Je me souviens des frères HEAD, camés jusqu’aux yeux, jouant les plus belles chansons du monde dans la cuisine de leur mère lors d’un documentaire signé Jérôme Demissolz et diffusé sur Arte. Ou la Sept. Des perdants magnifiques made in Liverpool.

286 – Je me souviens de cette réflexion qu’un garcon me fait : “la différence entre le rock et le rock indé, c’est juste que la basse est mixée un peu plus fort”. Je crois qu’il n’a pas totalement tort, même si ça m’ennuie beaucoup de le reconnaître.

246 – Je me souviens de cette fille que je connais qui assiste au premier concert de DOMINIQUE A. au Passage du Nord-Ouest. Je reviens le lendemain et elle est là à nouveau. Et chaque matin, quand je me réveille, elle est encore là. Merci Dominique A.

Philippe Dumez, Trente-neuf ans et demi pour tous

(à suivre)

Je me souviens (4)

 

190 – Je me souviens que, le lendemain du concert de CODEINE,  à l’Arapaho,  je croise  un  garçon qui a le même t-shirt que moi la veille :  celui  avec  le  chat sur un fond noir.   Je ne  l’aurais  jamais abordé sans ça,  et je serais passé à côté d’un de mes meilleurs amis.

 

193 – Je me souviens que sur certains CD, le morceau caché ne se situe pas à la fin mais au début, avant le premier index. Pour l’écouter, il faut maintenir le doigt appuyé sur la touche <<  juste après avoir lancé le disque. J’en ai trouvé deux pour le moment, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que, si ça se trouve, je suis passé à côté de plein d’autres.

 

302 – Je me souviens de ma première rencontre avec BRIGITTE FONTAINE : elle court habillée en extra-terrestre dans les rayons du Virgin Megastore en chantant “T’occupe pas, donne-moi du nougat”. Comment voulez-vous que j’oublie un truc pareil ?

 

Philippe Dumez, Trente neuf ans et demi pour tous

(à suivre)

 

la dent

 

Au mois de septembre je suis allée une semaine en voyage organisé par mon école qui encourage le bénévolat – en juin je m’étais inscrite  pour  jouer de  la  flûte  dans les maisons de  retraite. Le cours privé est catho, on fait sa B.A. comme les scouts. À mon retour je me suis pointée à l’hôpital puisque Jack m’avait promis de redresser ma dent. Cette dent mal plantée qui toujours m’obsède. Il a dit, Enfin te revoilà.  Écoute, on se marie.  Comme  si  on  l’avait  longtemps projeté et qu’enfin la décision soit prise. Il s’est arrêté de me fourrer dans la bouche ses instruments barbares, s’est penché vers le lavabo, m’a tendu un gobelet plein d’eau. Rince-toi. Je tremblais. J’ai renversé de l’eau sur sa blouse blanche. J’ai levé les yeux vers lui. J’ai eu un sourire immense.

 

Il a dit, tranquille, confortable, Ça sera vraiment sans problème de te surveiller les gencives. De vérifier que tout va bien. Je t’aurai sous la main. On se marie, ta mère et moi.

 

Annie Saumont, La dent in Le tapis du salon, nouvelles

Je me souviens (3)

 

138 – Je me souviens de MARIA ET, un groupe qui, s’il avait continué sur la voie de son séminal 6 titres La fuite en avant, aurait éclipsé Noir Désir. Je tremble encore chaque fois que j’écoute “Allons-nous-en / Voir ailleurs / S’il fait aussi mauvais / La nuit va tomber / Toute la ville est à nous / Jamais de la vie / Je n’ai eu autant envie / Allons-nous-en / Avant de redevenir / Fous”.

160 – Je  me  souviens  d’un adolescent  qui,  au sommet de sa période gothique,  s’offre  un serpent. Un jour, il oublie de refermer la porte du vivarium avant de sortir et l’animal se sauve. Sa mère le retrouve le soir enroulé autour du fil du téléphone. Je n’aurais pas aimé être lui ce soir-là. Mais je n’aurais pas aimé être sa mère non plus.

186 – Je me souviens de ce passage à la fin de “You’re The One, Lee” de MIRACLE LEGION,  qui  me  tire  les  larmes  à  chaque fois  :  la  fille s’est tirée,  il  a  passé  la nuit à  attendre  avec  ses  parents  sur le porche de la maison, le matin elle rapplique, et il ne lui fait même pas un reproche : il la regarde au fond des yeux et lui dit qu’il n’y a qu’elle qui compte. Moi, si j’avais un label, je commencerais par rééditer tous les disques de Miracle Legion.

 Philippe Dumez, Trente neuf ans et demi pour tous

(à suivre)

Je me souviens (2)

 

125 – Je me souviens de l’amputation dont sont victimes les doubles albums vinyles pour tenir sur un seul CD. Je me demande qui  prend  la  décision  de  désigner  les  chansons  qui  vont  passer  à  la  trappe.

126 – Je me souviens de l’immunité dont bénéficie le Double Blanc des BEATLES alors que c’est l’occasion idéale de se débarrasser une fois pour toutes de “Ob-La-Di, Ob-La-Da ».

131 – Je me souviens de ce garçon auquel je prête Closer et qui me le rend en me demandant si le chanteur vient de perdre sa mère. Je n’ose pas lui préciser qu’il s’est pendu à l’issue de l’enregistrement.

 

Philippe Dumez, Trente-neuf ans et demi pour tous

(à suivre)