Mois: janvier 2015

les quatre points cardinaux

 

Quand le vent vient de l’ouest, ça sent plutôt l’œuf pourri. Quand c’est de l’est qu’il souffle, il y a comme une odeur de soufre qui nous prend à la gorge. Quand il vient du nord, ce sont des fumées noires qui nous arrivent droit dessus. Et quand c’est le vent du sud qui se lève, qu’on n’a pas souvent, heureusement, ça sent vraiment la merde, y a pas d’autre mot.

 Joël Egloff, L’étourdissement

 

la Taute

 

On va la voir… tu vas la voir… on devrait la voir, là… on aurait dû la voir…

Il bruine.

Tu vois, elle passe là-bas, dans le vallon… elle suit la ligne…

Le chien trottine à l’avant.

Tu ne la vois pas mais elle est là…

Il commence à pleuvoir vraiment. L’ami s’obstine, navré. Il voulait tellement me montrer le sillon argenté, moussant de rayons. Le chien gambade à la limite du ravissement. Je ne la vois pas mais c’est joli. Je ne la vois pas, la Taute, mais elle me voit sûrement.

 

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comédie (suite)

 

Je veux bien tourner des merdes avec n’importe qui, pourvu qu’on me laisse faire des films avec Xavier…

Pour celles et ceux qui n’y seraient pas encore allés : La rançon de la gloire n’est pas une comédie comme une autre. Quand Eddie et Osman creusent le sol pour déterrer le cercueil de Charlie, puis remettent ça pour l’enterrer plus loin, comment dire. Quand le maître d’hôtel entièrement dévoué à feu Charlie prend un mouchoir pour nettoyer sa bière pleine de boue, tu disais ? Réminiscence fugace de Benoît Magimel qui lave et relave la pierre tombale de son père (Selon Matthieu). Là non plus, ça ne badinait pas. Alors quoi ?

On est pris. On est cuit. On est frit. On décolle intérieur. L’image reflète la magie du tournage helvète – presque riche, la rime. Il y a de la folie douce là-dedans. Benoît Poelvoorde rayonne,  à la limite du ravi quand il a réussi son coup ; Roschdy Zem étonne, en rabat-joie maison. De leur pas de deux naît l’enchantement. Sans parler de mille autres surprises, humaines ou animales. Un film céleste, dont on ressort, des ailes aux pieds. Ça n’a peut-être pas de rapport mais je vais me remettre à l’argentique.

 

Image

photo Agathe GRAU (lac Léman)

 

P.S. À signaler, le très beau papier de Jean-Baptiste Morain, Inrocks de la semaine dernière http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/la-rancon-de-la-gloire/

comédie

Quand Eddy sort de prison, je me demande s’il ne va pas vouloir y retourner de lui-même, vu sa dégaine, son air perdu. Fortunément, l’ami Osman est là, qui l’attend et l’embarque à bord de sa caisse. On aura souvent l’occasion de les voir ainsi tous les deux côte à côte, en bagnole, roulant fort leurs pensées denses sous des yeux  hallucinés – ou éteints.

Ce simple premier plan pastel nous prend par la main, On ira où tu voudras quand tu voudras… avec Michel Legrand. Jusque dans ces piaules innommables où tout est ocre jaune et marron, et qui semblent battre le rappel des adjectifs en u,  exigu, vétuste, no future – comment ça, c’est pas un adjectif.

Je reviendrai sur le sujet. En attendant, faut y aller, faut pas tarder. Aller voir ces doux dingues qui se sont mis en tête (surtout Eddy) de kidnapper le cercueil de Charlie Chaplin. Faire un bout de chemin avec ces admirables charlots. Ces misfits magnifiques.

La rançon de la gloire, Xavier BEAUVOIS

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Photo Agathe GRAU