piscine
select
Après la piscine.
– On prend un verre, Mademoiselle ?
– Pardon ?
– Ben… on pourrait peut-être aller dans un café ?
– Maintenant ?
– Oui, il y en a un, là. Il fait beau !
– Pardon merci mais non, merci mais je ne peux pas. Je dois rentrer mon érable.
~
Eh oui, flore ou faune, il faut parfois choisir.
~
Et pourquoi pas Je dois rentrer à l’étable.
Pauvre fille, va.
je nage, donc je suis
Droitière jusque dans la nage. Le bras gauche fait semblant, minable imitation du droit, impeccable le droit dans son dos crawlé, impérieux – oui, il en jette. Je vois comme dans un miroir mental le parfait d’un côté, l’imparfait de l’autre, le maître et son disciple bégayant. Je sens la force intelligente du premier, comme il brasse aisément l’eau sous sa pression pour que le corps s’élance léger léger, et la débilité de l’autre. Certes, si je me concentre, je peux arranger les choses, ordonner à l’empoté de se forcer, un peu de tenue, quoi. Or, ça demande un certain effort intellectuel. Moi qui ne fréquente la piscine que pour cesser de penser cinq minutes.
dandy dilemme
du maquillage
Le meilleur maquillage, n’est-ce pas dormir. Aller à la piscine et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et écouter de la musique et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et écouter de la musique et aller au cinéma et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et écouter de la musique et aller au cinéma et faire des films et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et écouter de la musique et aller au cinéma et faire des films et boire des coups avec les amis et dormir.
Ou bien quoi.
endless
On l’appelle l’endless pool parce qu’entre le dedans et le dehors
ça communique
il y a des sas
on l’appelle l’endless
parce qu’elle n’a pas de fin
…
P.S. Pour tout ce qui concerne l’art de nager au Japon : http://www.annefremy.com/
De beaux journaux japonais s’y donnent à voir aussi
la plus belle ville du monde
Mes palmes m’accompagnent. Je suis confiante. L’année dernière, j’avais demandé la permission de les enfiler pour nager et on me l’avait accordée sans problème. Aujourd’hui, dès l’entrée de la piscine : Voyez sur place avec le maître-nageur. Non que ça sente le sapin mais, légèrement doutante soudain. La maître-nageuse, allure pas commode, me dit d’attendre. Cinq bonnes minutes plus tard, elle réapparaît, toujours pas commode : C’est bon, il n’y a personne dans la piscine, ça va. Mes doutes fondent, deviennent bulles de savon ; en plus, ce sont de toutes petites bulles de débutants, je veux dire palmes. Bref, je nage dans la joie. Trois longueurs plus tard, on revient, changement de disque. Interdit : Vous pourriez blesser quelqu’un. Il y a moi et moi dans la piscine. Tentative d’insurrection : Mais enfin, il n’y a personne, vous venez de me le dire ! Elle tourne les talons, mal entendante.
Oui, je suis à Kyoto, la plus belle ville du monde – c’est vrai.
© Sae Shimai


























