piscine

select

Après la piscine.

– On prend un verre, Mademoiselle ?

– Pardon ?

– Ben… on pourrait peut-être aller dans un café ?

– Maintenant ?

– Oui, il y en a un, là. Il fait beau !

– Pardon merci mais non, merci mais je ne peux pas. Je dois rentrer mon érable.

~

Eh oui, flore ou faune, il faut parfois choisir.

~

Et pourquoi pas Je dois rentrer à l’étable.

Pauvre fille, va.

 

je nage, donc je suis

 

Droitière jusque dans la nage. Le bras gauche fait semblant, minable imitation du droit, impeccable le droit dans son dos crawlé, impérieux – oui, il en jette. Je vois comme dans un miroir mental le parfait d’un côté, l’imparfait de l’autre, le maître et son disciple bégayant. Je sens la force intelligente du premier, comme il brasse aisément l’eau sous sa pression pour que le corps s’élance léger léger, et la débilité de l’autre. Certes, si je me concentre, je peux arranger les choses, ordonner à l’empoté de se forcer, un peu de tenue, quoi. Or, ça demande un certain effort intellectuel. Moi qui ne fréquente la piscine que pour cesser de penser cinq minutes.

dandy dilemme

 

Un peu de mal à me décider

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Tous ces beaux messieurs qui,

sitôt sortis de la piscine,

s’empressent d’enfiler un peignoir

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 Sont-ils carrément classe ou…

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 un tantinet ridicules ?

~

~

~

Roger Van Hool, Rendez-vous à Bray d’André Delvaux

du maquillage

 

Le meilleur maquillage, n’est-ce pas dormir. Aller à la piscine et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et écouter de la musique et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et écouter de la musique et aller au cinéma et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et écouter de la musique et aller au cinéma et faire des films et dormir. Aller à la piscine, lire et écrire et écouter de la musique et aller au cinéma et faire des films et boire des coups avec les amis et dormir.

Ou bien quoi.

 

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la plus belle ville du monde

 

Mes   palmes  m’accompagnent.   Je  suis  confiante.  L’année  dernière,   j’avais  demandé   la   permission  de les enfiler pour nager et on me l’avait accordée sans problème.  Aujourd’hui,  dès  l’entrée de la piscine : Voyez sur place avec le maître-nageur.  Non  que  ça sente le sapin  mais,  légèrement  doutante  soudain.  La maître-nageuse,  allure  pas  commode,  me  dit  d’attendre.  Cinq bonnes minutes plus tard, elle réapparaît, toujours pas commode : C’est bon, il n’y a personne dans la piscine, ça va. Mes doutes fondent, deviennent bulles de savon ; en plus, ce sont de toutes petites bulles de débutants, je veux dire palmes.  Bref, je nage dans la  joie.  Trois longueurs plus tard, on revient, changement  de  disque. Interdit : Vous pourriez blesser  quelqu’un.  Il y a moi  et moi  dans la piscine.  Tentative   d’insurrection : Mais enfin,  il n’y a personne,  vous  venez  de me  le  dire !  Elle  tourne  les talons, mal entendante.

Oui,  je suis à Kyoto, la plus belle ville du monde – c’est vrai.

 

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© Sae Shimai