Josef Sudek

déclinaisons (7)

 

Les amis sont drôles et parfois moins. Avaient conclu C’est bien d’aller lui dire au revoir. Comme si j’allais le lui dire. Comme si j’allais lui chanter Je suis venue te dire que tu t’en vas…

Quand je l’ai embrassée sur le front juste avant de me casser, à la naissance des cheveux juste avant l’adieu, comment te dire comme elle sentait bon.

 

draps

Josef Sudek

déclinaisons (5)

 

Ses cheveux plaqués par la volonté de l’oreiller élaborent un léger volume au-dessus de sa tête, l’esquisse d’un chignon un rien capricieux qui lui donne de profil et même de trois-quarts l’air d’une marquise, lasse. Elle disait souvent pour exprimer telle ressemblance qui la frappait : « des faux-airs à », il a des faux-airs à de Funès, elle a des faux-airs à Martine Carol. Voilà, elle a désormais des faux-airs à Edwige Feuillère.

 

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Josef Sudek

miro

 

Tout va bien, se dit-on. Il fait beau, décidément beau. Non seulement on se le dit mais on le sent. Et puis à l’arrêt du 61, on s’étonne un peu de lire à la devanture d’un opticien

Ici

VÉRIFICATION

DE LA VIE

(sur rendez-vous)

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Clic.

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Josef Sudek

faire gogaille

 

Lors de mes patrouilles de reconnaissance je passais souvent devant une marchande de quat’saisons, une femme d’âge moyen, d’aspect ordinaire et au verbe coloré. Elle vendait essentiellement des petits pois. Un client qui après avoir goûté de cet article, s’en alla en haussant les épaules, sans avoir rien acheté, fut gratifié par elle de titres qui pour la variété et la qualité n’avaient rien à envier à ceux d’un souverain oriental. Et avec ça on peut voir tous les jours un vieux moineau se gaver en toute impunité, sans jamais être chassé, de ces mêmes petits pois, ouvrir les gousses et faire gogaille avec les grains, et jamais encore je n’ai trouvé le courage de demander à cette marchande de légumes si elle était veuve. Car il est tout simplement impossible de ne pas se dire : le moineau n’est ni plus ni moins que l’époux défunt de cette dame qui la revient visiter et – ô arcanes de l’inconscient – se fait nourrir par elle !

Albert Ehrenstein, traduit de l’all. par Claude Riehl et Sibylle Muller,

Tubutsch

 

sudek

Josef Sudek