J’ai deux mains gauches, chose connue. N’empêche, à les voir alignés tout proprets, les rutilants ptis pots de yaourts en verre destinés au recyclage, mon cœur flanche. Et si je nous mettions à la peinture ?
À la bouture ?
Ptits bras, va.

J’ai deux mains gauches, chose connue. N’empêche, à les voir alignés tout proprets, les rutilants ptis pots de yaourts en verre destinés au recyclage, mon cœur flanche. Et si je nous mettions à la peinture ?
À la bouture ?
Ptits bras, va.

Profite de l’aubaine
ta voix a décidé de se retirer sous sa tente
À toi gingembre et citrons divers
adieu téléfon
Anne m’a fait goûter hier
du caïpi
saurai-je m’en composer un ?
C’est pas sorcier,
il faut de la cachaça
Je n’en ai mie
Du rhum, alors ?
Oh là là, ça vire au ti-punch de base…
Cesse de geindre, va, tant qu’on a l’ivresse…
Discussion de café. Discussion kilos. Discussion de quand ça date cette obsession, comment ça s’est plus ou moins résolvé – c’est plus parlant, résolvé.
S’ensuit, fatal, la discussion fringues. Moi, le matin, quand je m’habille, tout ce à quoi j’aspire, c’est qu’on ne me jette pas de pierres – ne dis-je pas.
Je déchausse. J’en ai marre. Je m’assieds à côté de mes skis. Tout est froid. Au bout d’un moment, on vient. Qu’est-ce que tu fais là ? J’ai déchaussé.
La mono ne sait pas faire mon chignon. Ça ira comme ça, hein… Elle rigole ou quoi, j’ai beau n’avoir que cinq ans, je vois très bien que ça ne va pas du tout.
Un après-midi, on nous fait écrire des lettres à la famille, pourquoi pas. Je vais bien, je mange bien, je dors bien. C’est vrai et je sais l’écrire. Les cabinets senté movais. C’est vrai aussi, mais on confisque ma lettre. À la place, Mer recevra un mot de la mono Elle va bien, elle s’adapte au groupe et fait des progrès en ski.
Tu t’étais fait des amis quand même ? – Pas envie.
Pas UN seul bon souvenir ? – Si, une fois, je regarde des enfants jouer au tape-cul sur un tronc d’arbre. Ça sent la forêt, c’est tranquille, on est bien.
La colo ne dure qu’une semaine, j’ai l’impression que ça fait un mois entier. Enfin, un très beau jour, sur le quai de la gare, Mer vient me chercher. Elle va me ramener, j’y crois pas, elle va me ramener. Elle me confiera bien des années plus tard avoir eu l’impression qu’en la repérant au milieu des autres parents, j’avais vu Dieu.
Susceptibilité des jours. Voilà mardi qui déboule, furibard. Quoi ? C’est ainsi que tu parles de moi ? M’aller rouler contre le tout-venant de la semaine, moi ? Mais où as-tu vu jouer ça, moi ? Tu vas voir si je suis malléable, tu vas voir si tu ne vas pas le regretter ton lundi, moi ! Toutes les larmes de ton corps tu vas pleurer pour y être encore, à hier… parce que moi, tu vois, tes jérémiades, hein, tes simagrées… Ma claque j’en ai, moi !
Bon. On ne peut rien dire alors, on ne peut plus l’ouvrir, c’est ça ? Je sais ce que je vais faire. Je vais contacter mon club, c’est tout. Ils sauront me conseiller, eux. Rien que d’imaginer la bobine des autres jours de la semaine… Plus que ça à faire. Appeler le club avant que le troisième jour ne s’éveille.
Qui rendra compte de l’angoisse du lundi, dis ?
Lancinante en dimanche (après-midi), elle se déclare au soir dudit dimanche et c’est parti pour une sale nuit. Une fois le lundi derrière soi, la semaine peut se débobiner, les jours s’aller rouler les uns contre les autres comme qui rigole.
En attendant, quelle angoisse.
Là…
c’est fini.