nuit noire

 

À deux pas du Musée de la photographie.

 

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C’était le soir, dû mettre un flash mais je te jure c’était la nuit. On fait quoi, avec ça.

 

***

 

Oui oui, Villiers, demain. Truie qui s’en dédit. Et nous ne serons pas si loin car sa fin de vie fut misérable, à Villiers – l’enchanteur absolu.

métro

 

J’y lis souvent mais pas toujours. Ou bien il arrive que je lâche mon livre pour quelqu’un.  Il y eut cette dame fatiguée, magnifique.

 

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Ou bien, la semaine dernière, ce pensif assez merveilleux.

 

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Vous êtes aujourd’hui un vieux  monsieur qui brandissez une pancarte devant vous, et pas n’importe laquelle ;  vous l’agitez au-dehors à chaque arrêt du métro. Vous n’arrêtez pas de bouger.  Je lisais Villiers,  impossible de me concentrer  avec votre manège en face de moi.  Il  y  a un moment où,  à  quoi  bon  lutter,  il  faut  sortir l’antique cybershot,  s’y  reprendre  à  plusieurs fois – c’est flou. Clic. Vous voyez que je vous prends en photo. Nous nous regardons. Quand je sors, nous nous regardons encore.

 

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Villiers, ce sera pour demain, promis.

Même qu’il y aura du champagne.

histoire d’huîtres

 

«À la Maison Dorée, boulevard des Italiens, Barbey d’Aurevilly vint un jour pour déjeuner.  Beaucoup  de  monde,  une seule place de libre,  à la table du vicomte de Pontmartin,  qu’il n’aimait guère – et la réciproque était vraie.

«Pontmartin était attablé devant une douzaine d’huîtres.

«- Monsieur, dit Barbey d’Aurevilly, vous m’obligeriez infiniment en me permettant de prendre un siège près de vous.

«- Je regrette, répliqua l’autre sèchement, mais je déjeune toujours seul !

«Alors le Connétable, reculant d’un pas et, montrant avec sa canne le plat d’huîtres, s’écria d’une voix retentissante :

– Pourtant, Monsieur, vous êtes déjà treize à table !

 

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Le Moniteur viennois, « la vie littéraire », 1928

 

 

 

 

Monsieur B.

 

Dame Laine m’a demandé un jour Mais c’est quoi ce jardin, au juste. Il signifie quoi pour toi. J’étais décomposée. On allait couper les arbres, les trois thuyas qui me saluaient à mon réveil depuis plusieurs semaines, je venais d’emménager. Un grand, un moyen, un petit. Le petit avait quelque chance de rester, si frêle. Mais les deux autres n’y couperaient pas. La voisine du dessus s’insurgeant, la co-propriété avait décidé.

 

Les jardiniers devaient opérer  en août. Je travaille en août.  Avais attaché un ruban autour du plus jeune thuya,  un message.   Le jour dit,  je reviens en fin d’après-midi,  comment dire,  sans hâte.   Imagine le désert qui m’attend.   Referme la porte.  Dans le miroir,  pourtant, tout a l’air familier. Ça m’enhardit. Devant la porte-fenêtre, rien n’a changé. Ils sont là, ils sont tous là.

 

L’explication du voisin, Monsieur B., noircit quelque peu le tableau renaissance. Ils ont reporté à septembre.  Mais c’est quoi ces arbres, au juste.  Ils signifient quoi pour toi.  Je ne sais pas.  Ce sont mes amis.  Le monde s’arrêtera-t-il si on les coupe.   Oui.  Pourquoi.   Dame Laine pose toujours les bonnes questions. Tout devient gris, indistinct, j’ai mal au cœur devant ce néant, l’air ne passe pas, Puisque je te dis que je n’en sais rien ! Quand la vérité surgit, d’un coup. Parce que je les connais. Je les reconnais. Je les ai vus en rêve, il y a longtemps, à Kyoto.  Je m’étais rendu compte  qu’il y avait  une pièce  cachée dans la maison,   une toute petite pièce  qui donnait sur un jardin. Ce jardin.

 

L’homme en vert de travail  et son assistante  s’affairent  sur les parterres de  Monsieur B.  Tandis que j’agonise, je l’entends qui m’appelle. Une main appuyée sur le tronc du plus vieux thuya, je ne bouge. Monsieur B. entre alors dans mon champ de vision. Ça ne va pas ? Je ne pipe. Il s’approche. Une voix mienne venue d’où murmure Je ne comprends pas, la jeune fille du dessus a déménagé,  pourquoi couper les arbres.  C’est lui qui ne comprend plus.  Il ne le  savait pas. Je croyais qu’il mais non.

 

On ne touchera pas aux arbres.  Une parole  de Monsieur B.  et  au lieu d’actionner  sa scie électrique, le jardinier me donne quelques conseils de jardinage.

Variante : Comment Monsieur B. passa du statut de voisin ordinaire à celui de thaumaturge.

 

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