gros plan

 

C’est exactement elle. Elle a la tête un peu penchée qu’elle soutient de sa main droite. Elle a l’air penseur, légèrement étonné, l’air d’une petite fille studieuse qui planche sur un problème de racines carrées et cherche l’inspiration. Sous ses lunettes, son œil droit est concentré sur l’écran de la télé tandis que le gauche, tout en regardant dans la même direction, vague ailleurs. Elle est si jolie avec ses cheveux blancs. Je le lui ai dit tout à l’heure et ça l’a fait rire aux éclats. Elle porte, ça se voit sur la photo, une robe-blouse bleue à pois blancs et comme ça ne suffit pas, il y a aussi des tulipes roses.

Une infirmière m’a appris un mot. Votre Nounou, elle est douloureuse. Pour l’heure, elle semble paisible.

Clic.

Good Bye, Lenin

 

J’écris toujours la date du jour de la semaine et le mois en haut de mes lettres, non l’année. Trop peur de la choquer. Jamais sûre qu’elle sache bien en quel siècle nous vivons. Me surprends parfois à douter moi-même.

 

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noir et blanc

 

Pas un, pas deux, pas énormément mais plusieurs. J’en vois franchement plusieurs. Ça me transporte et me télétransporte au cœur du XXIe siècle bien plus sûrement qu’internet. Dans la rue, sous les ponts, sur les bancs, des couples mixtes.

 

sesame noir

derrière les paravents

 

« Délassement élégant ». Comment l’expression a-t-elle pu atterrir dans ce pensum laineux que je déroule à l’infini depuis le début de l’été, un mémoire sur les paravents coréens de l’époque Chosŏn qui pèse des tonnes. Il faut se montrer un tout petit peu curieux. Du nerf et de la concentration. Il se trouve que, insensiblement, se dessinent sur les paravents de l’époque Chosŏn des motifs inédits correspondant à de nouveaux comportements, tels fumer, boire du thé et tataaaaaaa ! attention, les voilà, les « délassements élégants ».

Délassement. Je n’en reviens toujours pas, je ne m’en lasse pas. Je crois bien ne jamais avoir prononcé ce mot de ma vie. Comme il délasse.

Élégant, oui. Élégant, je sais. Élégant, c’est quand tout n’est pas absolument assorti, qu’un élément détone gracieusement, jure adorablement, la serviette sur la tête de Holly Golightly.

 

Écrire des notes.

Délassement permanent.

 

survivors

 

 

miro

 

Tout va bien, se dit-on. Il fait beau, décidément beau. Non seulement on se le dit mais on le sent. Et puis à l’arrêt du 61, on s’étonne un peu de lire à la devanture d’un opticien

Ici

VÉRIFICATION

DE LA VIE

(sur rendez-vous)

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Clic.

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Josef Sudek

faire gogaille

 

Lors de mes patrouilles de reconnaissance je passais souvent devant une marchande de quat’saisons, une femme d’âge moyen, d’aspect ordinaire et au verbe coloré. Elle vendait essentiellement des petits pois. Un client qui après avoir goûté de cet article, s’en alla en haussant les épaules, sans avoir rien acheté, fut gratifié par elle de titres qui pour la variété et la qualité n’avaient rien à envier à ceux d’un souverain oriental. Et avec ça on peut voir tous les jours un vieux moineau se gaver en toute impunité, sans jamais être chassé, de ces mêmes petits pois, ouvrir les gousses et faire gogaille avec les grains, et jamais encore je n’ai trouvé le courage de demander à cette marchande de légumes si elle était veuve. Car il est tout simplement impossible de ne pas se dire : le moineau n’est ni plus ni moins que l’époux défunt de cette dame qui la revient visiter et – ô arcanes de l’inconscient – se fait nourrir par elle !

Albert Ehrenstein, traduit de l’all. par Claude Riehl et Sibylle Muller,

Tubutsch

 

sudek

Josef Sudek