journal

acédie

 

Sentiment que le temps ne passe pas : Le démon de l’acédie, qui est appelé aussi “démon du midi”, est le plus pesant de tous les démons ; il attaque le moine vers la quatrième heure [10 heures] et assiège son âme jusqu’à la huitième heure [14 heures]. D’abord, il fait que le soleil paraît lent à se mouvoir, ou immobile, et que le jour semble avoir cinquante heures. Ensuite, il le force à avoir les yeux continuellement fixés sur les fenêtres, à bondir hors de sa cellule, à observer le soleil pour voir s’il est loin de la neuvième heure […].

Évagre le Pontique, fin IVe siècle

Que le jour semble avoir cinquante heures… C’est si souvent, trop souvent ça. Envie de m’acheter une conduite, d’arrêter de geindre au matin Vivement ce soir, Vivement dimanche, Vivement les vacances.

En même temps, comment dire… c’est dimanche.

à la rue

 

Une sans-abri sans âge sans rien recroquevillée en chien de fusil enroule et déroule sans fin sa crinière grise entre ses doigts boursouflés, les yeux vagues et clairs et atones, regardant en-dedans. Elle se fait des cheveux.

lui et moi

 

Pourquoi revenir vers lui, encore et toujours ? – Parce qu’il est le seul qui sache m’écouter, me consoler par ciel de traîne.

Tu as d’autres amis quand même, pourquoi lui ? – Parce que c’était lui, parce que c’était moi.

Sans rire. – Parce que tout petit qu’il est, il est peuplé, tu sais. Toute une population diverse tient chez lui des conciliabules nocturnes, fomente peut-être une révolution, tu imagines !

De quoi tu parles ? – Ben… du jardin. Tu vois, s’il m’est si précieux, c’est peut-être que, donnant à boire et à manger à ses habitants,  je joue un peu à Dieu ?

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Après la piscine.

– On prend un verre, Mademoiselle ?

– Pardon ?

– Ben… on pourrait peut-être aller dans un café ?

– Maintenant ?

– Oui, il y en a un, là. Il fait beau !

– Pardon merci mais non, merci mais je ne peux pas. Je dois rentrer mon érable.

~

Eh oui, flore ou faune, il faut parfois choisir.

~

Et pourquoi pas Je dois rentrer à l’étable.

Pauvre fille, va.

 

je nage, donc je suis

 

Droitière jusque dans la nage. Le bras gauche fait semblant, minable imitation du droit, impeccable le droit dans son dos crawlé, impérieux – oui, il en jette. Je vois comme dans un miroir mental le parfait d’un côté, l’imparfait de l’autre, le maître et son disciple bégayant. Je sens la force intelligente du premier, comme il brasse aisément l’eau sous sa pression pour que le corps s’élance léger léger, et la débilité de l’autre. Certes, si je me concentre, je peux arranger les choses, ordonner à l’empoté de se forcer, un peu de tenue, quoi. Or, ça demande un certain effort intellectuel. Moi qui ne fréquente la piscine que pour cesser de penser cinq minutes.

nous

 

Nous voulions tous tomber amoureux et trouver quelque chose. On est tous tombés amoureux, parfois les uns des autres ; et on est toujours en train de chercher quelque chose à trouver. Enfin, telle est mon impression, asteure.