journal

un autre monde

 

L’ehpad n’était pas si loin finalement. J’aurais largement eu le temps d’y retourner, C’est moi ! j’étais juste allée faire un tour, il me reste un peu de temps avant mon train, tu veux un verre d’eau, au fait, tiens, c’est pour toi. Il m’aurait fallu un cadeau. J’étais passée à côté des chocolats tout à l’heure, errant dans le centre-ville sous un soleil ennemi.

Le seul magasin disponible dans ces parages excentrés, une ignoble grande surface dédiée au dieu Jouet. Il y faisait frais. Dos aux jeux-vidéos, des monceaux de peluches, ours et oursons, tigres et tigrons, lions et lionceaux, Némo et Dori – mais connaît-elle le monde de Némo et Dori – panoplies, oui pourquoi pas une panoplie de fée, marionnettes… La vendeuse s’est approchée de moi, m’a demandé si elle pouvait m’aider. Oui, je cherche un jouet pour une très vieille dame malheureuse comme les pierres qui perd un peu la fiole dans une chambre qu’elle abhorre, ne lui répondis-je pas en quittant le magasin.

 

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gros plan

 

C’est exactement elle. Elle a la tête un peu penchée qu’elle soutient de sa main droite. Elle a l’air penseur, légèrement étonné, l’air d’une petite fille studieuse qui planche sur un problème de racines carrées et cherche l’inspiration. Sous ses lunettes, son œil droit est concentré sur l’écran de la télé tandis que le gauche, tout en regardant dans la même direction, vague ailleurs. Elle est si jolie avec ses cheveux blancs. Je le lui ai dit tout à l’heure et ça l’a fait rire aux éclats. Elle porte, ça se voit sur la photo, une robe-blouse bleue à pois blancs et comme ça ne suffit pas, il y a aussi des tulipes roses.

Une infirmière m’a appris un mot. Votre Nounou, elle est douloureuse. Pour l’heure, elle semble paisible.

Clic.

Good Bye, Lenin

 

J’écris toujours la date du jour de la semaine et le mois en haut de mes lettres, non l’année. Trop peur de la choquer. Jamais sûre qu’elle sache bien en quel siècle nous vivons. Me surprends parfois à douter moi-même.

 

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noir et blanc

 

Pas un, pas deux, pas énormément mais plusieurs. J’en vois franchement plusieurs. Ça me transporte et me télétransporte au cœur du XXIe siècle bien plus sûrement qu’internet. Dans la rue, sous les ponts, sur les bancs, des couples mixtes.

 

sesame noir

derrière les paravents

 

« Délassement élégant ». Comment l’expression a-t-elle pu atterrir dans ce pensum laineux que je déroule à l’infini depuis le début de l’été, un mémoire sur les paravents coréens de l’époque Chosŏn qui pèse des tonnes. Il faut se montrer un tout petit peu curieux. Du nerf et de la concentration. Il se trouve que, insensiblement, se dessinent sur les paravents de l’époque Chosŏn des motifs inédits correspondant à de nouveaux comportements, tels fumer, boire du thé et tataaaaaaa ! attention, les voilà, les « délassements élégants ».

Délassement. Je n’en reviens toujours pas, je ne m’en lasse pas. Je crois bien ne jamais avoir prononcé ce mot de ma vie. Comme il délasse.

Élégant, oui. Élégant, je sais. Élégant, c’est quand tout n’est pas absolument assorti, qu’un élément détone gracieusement, jure adorablement, la serviette sur la tête de Holly Golightly.

 

Écrire des notes.

Délassement permanent.

 

survivors