Quand je lis un passage que j’aime, j’embrasse le papier sur ledit passage, parfois le nom de l’auteur en refermant le livre. Et je fais un tour sur moi-même. Pas toi ?
Vivre la vie d’écrivain, est-ce encore appartenir à l’espèce humaine ?
Cet être si particulier, cet « original » dont tout le monde se dira en le lisant : « c’est moi ! », a pour seul aliment, pour seul instrument, le langage, sujets, verbes, compléments, phrases, adjectifs, adverbes, prépositions, conjonctions, temps, rythme, tout cela qui est le propre de l’homme et rien d’autre.
Jérôme Prieur, Proust fantôme
Nounou me montre une photo de ses parents. Je la connais par cœur. Carrée, les bords beiges dentelés. Amiens, au cœur du XIXe. Le père et la mère d’une nombreuse famille. Nounou énumère, Mon petit frère Guy, mon grand frère Michel, ma petite sœur Christiane, mon autre petite sœur Mireille, qui habitait la Croix-de-Chavaux, tu te souviens. Ma grande sœur Reine. On était malheureux, tu sais. C’était dur. On n’avait pas d’argent. On s’aimait bien. On n’était pas malheureux.
Pourquoi les biographies ne commencent-elles jamais par d’autres mots que de coutume ? Ceux-ci, au hasard : « Mort à paris le 18 novembre 1922, Marcel Proust demeure actuellement dans le vingtième arrondissement, non loin de la place Gambetta »…
Jérôme Prieur, Proust fantôme