Philippe Dumez

Je me souviens (8)

 

417 – Je me souviens d’une compilation qui bénéficie d’un bouche-à-oreille incroyable : des enregistrements effectués en Éthiopie dans les années 70, avec un groove à tomber à genoux, et la réputation d’être “du jazz pour ceux qui n’aiment pas le jazz”. C’est bien vendu, mais c’est encore en-dessous de la réalité : écouter pour la première fois Éthiopiques Volume 4 est une expérience à nulle autre pareille. Comme découvrir le son d’un continent disparu.

 

493 – Je me souviens d’un groupe qui envoie tous les ans une chanson à ses amis à l’occasion des fêtes. C’est ce qui semble être son unique signe d’activité, et peut-être même sa raison d’être. Figurer sur son fichier, c’est appartenir à une société secrète : on ne sait pas qui sont les autres, on ne sait pas s’ils sont nombreux et on se garde bien d’en parler autour de soi. Écouter LE PLUS SIMPLE APPAREIL, c’est peut-être le dernier des privilèges.

 

449 – Je me souviens que c’est toujours au moment où je crois avoir fait le tour de tous les “trésors cachés” que je tombe sur un truc incroyable : BILL FAY, JUDEE SILL, ALZO & UDINE, BIFF ROSE… Comme un pêcheur qui, au moment de mourir de faim, remonterait la prise de sa vie.

 

Philippe Dumez, Trente-neuf ans et demi pour tous, édition inmybed

 

Moi, si j’étais inmybed , c’est simple, je rééditerais Trente-neuf ans et demi pour tous.

Je me souviens (7)

 

383 – Je me souviens d’un morceau de rap français sur lequel je reconnais l’intro d’un 33 tours du “Manège enchanté” que j’écoutais sans arrêt quand j’étais enfant. Évidemment, le sample n’est pas crédité. Sur la pochette, les deux rappeurs roulent des mécaniques. Aller piquer dans le sac de Margotte, y’a pourtant pas de quoi être fier.

 

428 – Je me souviens d’une couverture de Rock& Folk portant l’accroche suivante : “REM, où est le problème ?”. Visiblement, le bouclage a été difficile ce mois-là.

 

399 – Je me souviens que l’annonce de la disparition d’ELLIOTT SMITH me fait moi aussi comme un coup de couteau dans le ventre.

 

Philippe Dumez, Trente-neuf ans et demi pour tous

(à suivre)

 

Je me souviens (5)

230 – Je me souviens des frères HEAD, camés jusqu’aux yeux, jouant les plus belles chansons du monde dans la cuisine de leur mère lors d’un documentaire signé Jérôme Demissolz et diffusé sur Arte. Ou la Sept. Des perdants magnifiques made in Liverpool.

286 – Je me souviens de cette réflexion qu’un garcon me fait : “la différence entre le rock et le rock indé, c’est juste que la basse est mixée un peu plus fort”. Je crois qu’il n’a pas totalement tort, même si ça m’ennuie beaucoup de le reconnaître.

246 – Je me souviens de cette fille que je connais qui assiste au premier concert de DOMINIQUE A. au Passage du Nord-Ouest. Je reviens le lendemain et elle est là à nouveau. Et chaque matin, quand je me réveille, elle est encore là. Merci Dominique A.

Philippe Dumez, Trente-neuf ans et demi pour tous

(à suivre)

Je me souviens (4)

 

190 – Je me souviens que, le lendemain du concert de CODEINE,  à l’Arapaho,  je croise  un  garçon qui a le même t-shirt que moi la veille :  celui  avec  le  chat sur un fond noir.   Je ne  l’aurais  jamais abordé sans ça,  et je serais passé à côté d’un de mes meilleurs amis.

 

193 – Je me souviens que sur certains CD, le morceau caché ne se situe pas à la fin mais au début, avant le premier index. Pour l’écouter, il faut maintenir le doigt appuyé sur la touche <<  juste après avoir lancé le disque. J’en ai trouvé deux pour le moment, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que, si ça se trouve, je suis passé à côté de plein d’autres.

 

302 – Je me souviens de ma première rencontre avec BRIGITTE FONTAINE : elle court habillée en extra-terrestre dans les rayons du Virgin Megastore en chantant “T’occupe pas, donne-moi du nougat”. Comment voulez-vous que j’oublie un truc pareil ?

 

Philippe Dumez, Trente neuf ans et demi pour tous

(à suivre)