Naoshima

de l’eau à mon vieux moulin

 

De l’autre côté de la route, une sorte de jardin public, longue pelouse ombragée par de beaux grands arbres, au bord du lac immense entouré de montagnes, paysage à la Rilke avec embarcadère où deux fois par jour, le matin vers onze heures, le soir vers dix-neuf heures trente, un bateau arrive entre les arbres.

Il est beau, dit Jeanne.

Oui, dit Paul, ajoutant, il n’y a vraiment que les bateaux pour nous donner le sentiment, puis se taisant, se disant après tout les avions aussi, sans parler des trains et des gares, mais moins que les bateaux pourtant, peut-être parce que c’est plus lent, on s’en va lentement, on revient lentement, quand on revient, si on revient, le bateau accostait lentement, mais les trains aussi partent lentement, entrent lentement en gare, quant aux avions mais les avions ça vole, les trains roulent, les bateaux naviguent, il n’y a donc pas moyen de savoir lequel de ces moyens nous donne, il faudrait que les trains naviguent, que les avions roulent, ils roulent, les bateaux aussi, il faudrait qu’ils volent, comme les avions mais non, non, de toute façon, non, je n’aimerais pas qu’ils volent, non, ce que j’aime dans les bateaux, dit Paul.

Christian Gailly, Be-bop

 

entre nous

 

 

Tu me connais

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tu me connais suffisamment maintenant

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je suis incapable de te mentir

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alors voilà

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je ne sais vraiment pas pourquoi

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il n’y a aucune raison particulière

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juste, c’est comme ça

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il fallait que je te le dise

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depuis le temps qu’on se connaît

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j’aime le bateau

hitoritabi

 

Pourquoi le nier, j’avais les foies, comprenant sans comprendre l’expression. Comme si j’avais plusieurs foies, d’où le vertige. C’est mon premier hitoritabi (voyage solo) depuis longtemps. Or, dès l’arrivée au port, voyant que je pioche au hasard, un tout jeune chevalier m’offre son aide pour choisir le bon formulaire à remplir. À partir de là, il semble se sentir responsable de moi : m’attend quand j’ai acheté mon billet, choisit où nous asseoir dans la salle d’attente, dans le bateau l’espace commun où se reposer. Yuki-san et moi parlons, parlons au lieu de dormir. Mon appréhension a fondu.

Devant mes alarmes, il m’avait bien prévenue, Sylvain, de la prévenance d’autrui : « On est au Japon ».

 

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