de l’eau à mon vieux moulin

 

De l’autre côté de la route, une sorte de jardin public, longue pelouse ombragée par de beaux grands arbres, au bord du lac immense entouré de montagnes, paysage à la Rilke avec embarcadère où deux fois par jour, le matin vers onze heures, le soir vers dix-neuf heures trente, un bateau arrive entre les arbres.

Il est beau, dit Jeanne.

Oui, dit Paul, ajoutant, il n’y a vraiment que les bateaux pour nous donner le sentiment, puis se taisant, se disant après tout les avions aussi, sans parler des trains et des gares, mais moins que les bateaux pourtant, peut-être parce que c’est plus lent, on s’en va lentement, on revient lentement, quand on revient, si on revient, le bateau accostait lentement, mais les trains aussi partent lentement, entrent lentement en gare, quant aux avions mais les avions ça vole, les trains roulent, les bateaux naviguent, il n’y a donc pas moyen de savoir lequel de ces moyens nous donne, il faudrait que les trains naviguent, que les avions roulent, ils roulent, les bateaux aussi, il faudrait qu’ils volent, comme les avions mais non, non, de toute façon, non, je n’aimerais pas qu’ils volent, non, ce que j’aime dans les bateaux, dit Paul.

Christian Gailly, Be-bop