Camille Becquet

de l’éphémère

 

Depuis que j’ai provisoirement intitulé mon manuscrit Le grand méchant Loume, je vois des loumes partout. Chez l’Artisan parfumeur, chez Camille Becquet dans son exquis Manger, dans des articles de revue – j’exagère à peine, que viennent faire ces loumes marins dans le dernier numéro de Sciences et avenir, avril/mai, p. 81, l’article est chavirant, j’avoue, merci Anne. Jusqu’à Iris, la petite voisine, qui chante à tue-tête Loume, y es-tu, sous prétexte qu’elle n’a pas école. Diable, diable…

Je crois que je vais devoir changer de titre provisoire. Et pourquoi pas Le capital sympathie des papillons ?

instants becquettiens

N – Prénom

Dans son école primaire, il y avait une deuxième Nina, extrêmement populaire.

C’est pourquoi elle, on l’appelait “l’autre”.

D – Surnom

Il était dans la classe supérieure de leur lycée.

Il était beau, distant, mais surtout il avait l’oreille absolue.

Il jouait de la guitare comme un virtuose.

Ils l’appelaient Dieu.

W – Prénoms

Tous les garçons asiatiques de l’école de mes enfants portent des prénoms très français ou anglais : Rémi, Philippe, William…

Ils ont un vrai prénom chinois mais refusent de le dire. C’est des malins, ils ont bien compris qu’une fois que l’on donne son véritable nom à son interlocuteur, celui-ci prend le pouvoir sur vous.

Il faut garder son nom secret.

Camille Becquet, Prénoms (et autres)

universel

 

Il est plus âgé que ma cousine et moi. Il est venu avec son frère, anecdotique, insignifiant. Nous nous enfermons dans la chambre et nous enregistrons une fausse émission de radio sur une cassette. Il fait les spots publicitaires. Il déclame : « Buvez Coca-cola, le seul dentifrice qui vous donnera des cheveux secs. » Le slogan s’imprime dans ma mémoire. Je suis amoureuse.

Je tombe toujours amoureuse des garçons qui me font rire. Parfois, ils sont cyniques.

 Camille Becquet, Journal intime universel