étonnations (1)

Cette dame, elle est chinoise, qui me dit Depuis que j’apprends le japonais, je tombe sur des petits cailloux. Vous êtes l’un de ces petits cailloux.

Cette autre dame, moins jolie, très maquillée.

Depuis le début, on la sent qui cherche querelle, lançant partout dans le bassin ses regards furibards. Elle trouve vite. Un type en bonnet bleu qui la frôle en la doublant, elle lui tombe dessus. Il s’esquive en souriant, sans lui laisser le temps de cracher son venin. Elle me confie Moi ce genre je ne supporte pas. Je ne suis pas venue pour ça. Ces dos carrés. Ça sort de son HLM, ça n’a aucune éducation.

Ces dos carrés. Cueillie, je suis.

Kyoto

Sortir en pyjama sous le manteau la nuit acheter le lait pour le thé du matin ou une boîte pour le chat. Parce que le kombini qui ne ferme jamais est comme une extension de la maison, oui, sortir en jama dans la joie – et la ténue appréhension de tomber sur quelqu’un de l’université.

 

 

café

« Ce n’est pas qu’on soit seul au monde, c’est plutôt qu’il n’y a plus de monde. Le réel, c’est-à-dire l’usage qu’on en faisait, n’a plus cours, est tombé en désuétude. Il faudra repartir de zéro, réapprendre petit à petit ce qu’on savait et qu’on a oublié tout d’un coup, récupérer pièce à pièce les lambeaux du réel en attendant d’être en mesure, plus tard, d’en reconstituer l’étoffe. Commencer par les choses simples, faciles, élémentaires : réapprendre, au matin, le réveil (j’existe, il y a un monde aussi, qui existe, quelque part autour de moi) ; la salle de bain (il existe des lavabos, il existe de l’eau) ; la cuisine (il existe du café, il existe du sucre). »

Clément Rosset, Le réel, traité de l’Idiotie

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