journal

passé simple

Qui la refila à qui ?  On nous soigna en même temps,  pour faire plus simple,   mon cousin et moi,  qui nous retrouvâmes  donc dans la même chambre,  le même lit dans mon souvenir,  pendant plusieurs jours,  un mois dans mon souvenir,  à remplir  sans fin  des  coloriages    magiques, vraiment magiques, et à visionner au View-Master nos nouveaux disques en boucle, cadeaux dus à notre état ;   Peter Pan était notre préféré.   La rougeole, les plus belles vacances de ma vie.

 

viewmaster

heurs

 

Nounou me montre une photo de ses parents.  Je la connais par cœur.  Carrée,  les bords beiges dentelés.  Amiens,   au cœur du XIXe.   Le père et la mère d’une nombreuse famille.   Nounou énumère, Mon petit frère Guy, mon grand frère Michel, ma petite sœur Christiane, mon autre petite sœur Mireille, qui habitait la Croix-de-Chavaux, tu te souviens. Ma grande sœur Reine. On était malheureux, tu sais. C’était dur. On n’avait pas d’argent. On s’aimait bien. On n’était pas malheureux.

 

melba

En terrasse, rue Soufflot.

–       Vous avez des fraises Melba ?

–       Ah non, j’ai pas de fraises… J’ai… pêche Melba, si vous voulez ?

Le garçon laisse le client réfléchir et retournant à l’intérieur du café, répète pour lui-même J’ai pas de fraises, J’ai pas de fraises…

Vraiment embêté.

 

propos de table

Mais de qui parle-t-on. Occupée à faire bonne figure, je n’ai pas fait attention à ce qui se disait et n’y suis plus du tout.  Toute la table normande  semble se moquer d’un certain Paul,  pas bien malin,  tout en os,  une drôle de tête et une de ces pommes d’Adam,   pauvre Paulo.  Nounou s’essuie les yeux de rire, me regarde et s’excuse Il t’aimait bien, va, vous vous entendiez bien tous les deux, hein… Je crois deviner mais les noms ne collent pas. Vous parlez de Georges, ton mari ? Les attablés pouffent de plus belle, C’est vrai qu’on l’appelait Georges ! Je prends une gorgée de mousseux pour y comprendre quelque chose. Il ne s’appelait pas Georges ? Silence.

Ben non, c’était Paul, son nom. Mais pourquoi ? Est-ce que je sais, moi, même ses parents voulaient pas l’appeler Paul alors nous on l’a appelé Georges. J’ai soudain l’impression d’être tombée chez des fous furieux.