inconditionnels

elle et lui

 

Écrire ne fait rien revivre, dit-elle

tu perds ton temps, tu ferais mieux de t’occuper à plus utile

si tu me mets dans ton roman, je ne te revois plus, menace-t-elle.

 

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Le drame de l’écrivain :

Elle n’a pas lu le livre que j’ai écrit pour elle.

Éric Pessan, En voie de disparition

 

débat

Tu commets l’erreur de réfléchir une minute à ta prochaine question. Nikkei en profite pour se lever, il fourrage dans le frigo, il cherche de la menthe pour faire des mojitos avec le rhum. Tu lui dis que la menthe est dans le jardin. Tu ne l’achètes pas en barquette, tu la fais pousser. Il soulève un sourcil incrédule en ta direction, semble désemparé une seconde à l’idée de devoir cueillir une plante par lui-même. Les ciseaux sont suspendus au-dessus de l’évier, tu expliques en vain puisqu’il se rabat sur le citron vert qu’il a déniché dans le bac à légumes. P’tit punch, fait-il. Bovespa se propose pour la préparation. Cac40 demande si tu as prévu un truc à grignoter. Hang Seng semble s’être assoupi dans le canapé. Un portable sonne. Tu te mets en colère, tu avais demandé à ce que les téléphones portables soient coupés, au moins le temps du débat.

Éric Pessan, En voie de disparition

interviou de Wilfried* (part 1)

Il faisait la première partie de Manuel Bienvenu à l’Espace  B, au printemps dernier. C’était beau. J’ai eu envie d’en savoir plus. D’où l’interviou.

 

Où l’on apprend que Wilfried* est un revenant

wil

– À 34 ans, à 34 ans seulement je découvre la seiche. Je l’adopte et j’ai cru comprendre, après des heures et des heures de station devant elles qu’elles aussi m’adoptaient, écrit Michaux à Supervielle. Un commentaire ?

– Ça me fait penser à un autre poète que j’aime bien, Francis Ponge, qui a écrit Notes pour un coquillage. En l’occurrence, le coquillage ne l’a pas adopté mais cette idée d’une maison, d’une habitation qui soit à la mesure de l’homme… Il parle des églises, il dit qu’elles sont immenses, qu’elles écrasent l’homme. Les hommes sont des fourmis au milieu des églises et il aimerait que leurs demeures épousent leur corps, soient à leur mesure, à leur taille, qu’ils puissent glisser à l’intérieur et qu’elles soient très proches de leur peau. Donc, il parle des coquillages…

– Michaux a découvert la seiche. Pour toi, qu’est-ce que ça pourrait être ?

– Il y a des découvertes tardives… Ce qui pourrait être marquant pour moi, sans doute, les textes gnostiques, j’ai beaucoup lu de textes religieux, même la Bible tout simplement…

– D’où vient Tonnerre, intellect parfait, justement ?

– De codex retrouvés en 1945 en Égypte. Ça s’appelle la bibliothèque de Nag Hammadi. Ce sont des papyrus qui regroupent les derniers témoignages de groupes religieux considérés comme des sectes, comme hérétiques par l’Église. C’étaient des disciples de Jésus qui avaient d’autres conceptions, cosmogoniques, un peu révolutionnaires à l’époque… Le monde était une espèce d’illusion entretenue par un démiurge, un démiurge fou en fait… et c’était par la connaissance qu’on pouvait sortir de ce monde.

Ça me semblait important que ce soit dit par une femme. C’est un personnage féminin. Ça allait bien avec l’album Matrice – ceci dit, Matrice, c’est aussi le titre d’un album qui préexistait, c’est Gérard Manset qui avait fait Matrice dans les années 80. Voilà, c’est une femme, c’est une déesse, c’est une sorte d’incarnation du Saint-Esprit avec sa dualité, son ambivalence, elle est une chose et son contraire en même temps, c’est ça qui m’intéressait…

– Ce qu’on retrouve beaucoup dans tes textes

– L’ambivalence, oui, le paradoxe, l’ambiguïté, la dualité même, ça m’intéresse effectivement.

– Il y a d’ailleurs dans Matrice un duo avec Chloé Delaume

– Chloé ? On se connaît depuis longtemps, depuis une dizaine d’années, on a fait des fêtes ensemble, on a des amis en commun, enfin voilà, on se connaît. Et elle avait ce texte inspiré par la série américaine Dexter et du coup, elle voulait une musique un peu lewiscarrollienne, un peu rétro comme ça, onirique… un peu comme un vieux film aussi… anglais… Elle avait la mélodie, les paroles, après, moi j’ai fait la deuxième voix. Je trouvais que ça rentrait bien dans le cadre du disque en fait, même si j’avais un peu de mal avec le texte qui est assez violent, c’est quand même une femme qui dévore un homme et lui, il se laisse dévorer…

– C’est vrai mais avec la musique, c’est très… acceptable ! (rires)

– Oui ? Après, j’ai réussi à mettre La Revenante. Finalement, j’étais content de mon tracklisting… C’est peut-être moi qui reviens dans La Revenante… Je me fais peut-être dévorer mais je reviens après donc je suis sauf !

double

liens vers Wilfried*

https://www.facebook.com/wilfried.etoile

http://wilfried.bandcamp.com/

pas liev de s’inquiéter

Point dans mes habitudes d’intervenir dans les « Inconditionnels » mais là, tout là-bas, je te vois soupirer et ça me fend le cœur. C’est que vois-tu, j’ai été terrassée par surprise. Le livre commence comme un roman, un peu étrange mais un roman et je m’étais dit zut, encore un, pourquoi pas des petites proses comme j’aime et comme il sait faire. Et puis il m’a eue. Par surprise. Dernier extrait de Pas Liev, promis – hors de question de déflorer ce qui terrasse par surprise.

***

Et puis les choses sont allées moins bien.

C’était difficile de dire pourquoi, ou comment, ou même en quoi elles allaient moins bien mais elles allaient moins bien. Liev le sentait bien.

Philippe Annocque, Pas Liev

pas liev de s’inquiéter

 

Une fois, il était assis à la table de sous-intendant et il s’amusait à recopier des factures pour Monsieur Hakkell parce que les enfants étaient en train de faire les exercices qu’il avait préparés pour eux, il a essayé de se rappeler cette nouvelle promenade à vélo. Il était là assis le stylo à la main et soudain il s’est rendu compte qu’il était en train de penser, alors il s’est demandé à quoi il pensait, et c’est là qu’il s’est rendu compte qu’il essayait de se rappeler cette nouvelle promenade à vélo avec Mademoiselle Sonia. Mais c’était difficile.

Philippe Annocque, Pas Liev

pas liev de s’inquiéter

 

Liev est resté un instant immobile, puis il s’est mis à tourner lentement dans le soleil. La cour était déserte. Il était bien au centre. Il tournait lentement dans le soleil. Et puis, quand il a jugé que cela avait assez duré, il est rentré de nouveau, un calme sourire aux lèvres. Il se disait que c’était suffisant, qu’il n’avait besoin de rien de plus. Et c’était suffisant en effet. Son esprit était serein et il y avait quelque chose de large et de généreux qui s’ouvrait dans sa poitrine.

« Sonia. »

Philippe Annocque, Pas Liev

je me souviens, dit-il

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 jusqu’ à demain, dimanche 25 octobre

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il revient

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avec ses je me souviens

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et ses amis

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multiples et variés (ou l’inverse)

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si tu ne me crois pas

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vas-y voir

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de tes propres yeux

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librairie Le monte en l’air

2 rue de la Mare, 75020 Pantruche

mes photos sont nulles mais l’expo est belle et drôle

et en plus, il y a plein de délicieux ptits livres duméziens pour une bouchée de pain