Philippe Dumez

Je me souviens (3)

 

138 – Je me souviens de MARIA ET, un groupe qui, s’il avait continué sur la voie de son séminal 6 titres La fuite en avant, aurait éclipsé Noir Désir. Je tremble encore chaque fois que j’écoute “Allons-nous-en / Voir ailleurs / S’il fait aussi mauvais / La nuit va tomber / Toute la ville est à nous / Jamais de la vie / Je n’ai eu autant envie / Allons-nous-en / Avant de redevenir / Fous”.

160 – Je  me  souviens  d’un adolescent  qui,  au sommet de sa période gothique,  s’offre  un serpent. Un jour, il oublie de refermer la porte du vivarium avant de sortir et l’animal se sauve. Sa mère le retrouve le soir enroulé autour du fil du téléphone. Je n’aurais pas aimé être lui ce soir-là. Mais je n’aurais pas aimé être sa mère non plus.

186 – Je me souviens de ce passage à la fin de “You’re The One, Lee” de MIRACLE LEGION,  qui  me  tire  les  larmes  à  chaque fois  :  la  fille s’est tirée,  il  a  passé  la nuit à  attendre  avec  ses  parents  sur le porche de la maison, le matin elle rapplique, et il ne lui fait même pas un reproche : il la regarde au fond des yeux et lui dit qu’il n’y a qu’elle qui compte. Moi, si j’avais un label, je commencerais par rééditer tous les disques de Miracle Legion.

 Philippe Dumez, Trente neuf ans et demi pour tous

(à suivre)

Je me souviens (2)

 

125 – Je me souviens de l’amputation dont sont victimes les doubles albums vinyles pour tenir sur un seul CD. Je me demande qui  prend  la  décision  de  désigner  les  chansons  qui  vont  passer  à  la  trappe.

126 – Je me souviens de l’immunité dont bénéficie le Double Blanc des BEATLES alors que c’est l’occasion idéale de se débarrasser une fois pour toutes de “Ob-La-Di, Ob-La-Da ».

131 – Je me souviens de ce garçon auquel je prête Closer et qui me le rend en me demandant si le chanteur vient de perdre sa mère. Je n’ose pas lui préciser qu’il s’est pendu à l’issue de l’enregistrement.

 

Philippe Dumez, Trente-neuf ans et demi pour tous

(à suivre)

 

Je me souviens

 

006 – Je me souviens que dans la jungle, le lion est mort ce soir, et qu’HENRI SALVADOR chante ça d’un air presque guilleret. Le Salvador, terre de contrastes.

019 – Je me souviens que c’est grâce à SASHA DISTEL que j’entendis pour la première fois BURT BACHARACH (« Toute la pluie tombe sur moi ») et STEVIE WONDER (« Tu es le soleil de ma vie »). Évidemment, le temps que je comprenne qu’il ne les a pas écrites lui-même, ça me prend aussi 20 ans.

033 – Je me souviens d’une chanson qui passe à la radio pendant que mon père conduit et que je regarde les lumières danser au plafond de  l’Alfa  Romeo.  Les paroles  parlent  d’un  danger et m’impressionnent. Depuis que j’ai entendu « La bombe humaine », je sais que si je laisse quelqu’un prendre en main mon destin, c’est la fin.

 

Philippe Dumez, Trente neuf ans et demi pour tous

(à suivre)