Avoir tout le temps à se demander qu’est-ce que j’ai oublié, ça soutient. Et de trouver quelque chose qu’on avait oublié de chercher, quelle joie.
Robert Pinget, Quelqu’un
Pourquoi avez-vous appris des langues étrangères ?
D’où il sort celui-là ?
Chut. Il a aussi le droit d’être ici.
Parce que c’est le moyen de s’apercevoir qu’il y a des Autres, avec des vies Autres, quel soulagement. Surtout quand on est français, c’est-à-dire seul au monde. Je me rappelle le pied que j’ai eu quand j’ai appris qu’il y a des gens qui à la fin de la phrase le verbe mettent.
Christiane Rochefort, Ma vie revue et corrigée par l’auteur
Petit, j’ai longtemps cru qu’oisif était le singulier d’oiseaux.
Nicolas Bouvier, Il faudra repartir
« Ce n’est pas qu’on soit seul au monde, c’est plutôt qu’il n’y a plus de monde. Le réel, c’est-à-dire l’usage qu’on en faisait, n’a plus cours, est tombé en désuétude. Il faudra repartir de zéro, réapprendre petit à petit ce qu’on savait et qu’on a oublié tout d’un coup, récupérer pièce à pièce les lambeaux du réel en attendant d’être en mesure, plus tard, d’en reconstituer l’étoffe. Commencer par les choses simples, faciles, élémentaires : réapprendre, au matin, le réveil (j’existe, il y a un monde aussi, qui existe, quelque part autour de moi) ; la salle de bain (il existe des lavabos, il existe de l’eau) ; la cuisine (il existe du café, il existe du sucre). »
Clément Rosset, Le réel, traité de l’Idiotie