Auteur : placide99

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À propos de placide99

"Il n'avait plus de clefs depuis bien longtemps, depuis qu'il les avait perdues au cimetière en creusant un trou pour l'idiot du village, terrassé par une division à virgule." Joël Egloff, Edmond Ganglion & fils. Susceptible de finir idem, terrassée par une division à virgule. Très possible. www.ifnothinghappens.com

court-métrage (idée de synopsis pour)

 

Bianca s’est décarcassée. Elle a tout préparé quand les invités n’arrivent pas. Elle a même eu le temps de laver casseroles et autres couteaux à poisson quand ils n’arrivent toujours pas, quand Ella Fitzgerald ne peut combler tout le vide. Elle finit par appeler les absents désirés, un à un, dans un ordre précis. Contre toute attente, chacun répond au bout du fil.

 

Comment ? C’était ce soir ? J’avais noté la semaine prochaine – C’est pas vrai, je croyais que c’était demain, je suis chez des gens, là. Et tutti quanti. Ils auraient juré. Tu ne m’en veux pas ? On remet à une autre fois, et alors chez moi ?

 

Bianca raccroche. Se retrouve avec pas mal de victuailles. Une idée, les voisins d’à côté. Ils sont bien, les voisins, le père, la mère et la petite Séverine qui lui décoche un bon sourire chaque fois qu’elles se croisent.

 

Ils sont navrés pour elle. Dînons tous ensemble ! suggèrent-ils. Elle regrette mais non, elle n’a pas le cœur, elle ne sait pourquoi. Malgré leurs prières, elle leur laisse les mets et rentre chez elle. Après tout, elle doit œuvrer sur cette auteure si délicieusement British, Mary Frances Kennedy Fisher (1908 – 1992), ayant commis entre autres Biographie sentimentale d’une huître et Le fantôme de Brillat-Savarin.

 

De fait, elle travaille. L’inspiration est même au rendez-vous. Quand elle tombe sur une phrase qui l’émeut.

Les hommes très simples savent que si vous détruisez la nourriture que laisse quelqu’un d’autre, vous pouvez par ce moyen lui faire du mal. Avec les os qu’il a sucés, avec le riz qui adhère à son bol, on peut façonner une petite figurine, et ensuite la pourriture rongera sa chair comme elle ronge celle de son effigie.

Elle la relit. Comme c’est bien dit. Comme elle voudrait écrire ainsi. Jusqu’au moment où cette phrase en entraîne une autre qui la remue, lui triture le ventre, la met soudain hors d’elle et de sa chaise. Le style en est plus lapidaire, d’autant plus efficace.

Ou bien on peut verser du poison dans son bol

Oh non ! Comment avait-elle pu oublier… Les voisins !

 

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Je sais pas, ça m’est venu comme ça, je lance l’idée.

les gens, tout de même

 

Je lisais à la vitesse de la lumière. Je lisais plus vite que le vent. Je lisais comme personne. Un jour, alors que je venais d’emprunter un livre à la bibliothèque de l’école et que je le reportais un quart d’heure plus tard à la bibliothécaire parce que je venais de le lire, là, dans mon coin, la maîtresse vient me voir. Comment, tu l’as déjà lu ? Vraiment ? Peux-tu me raconter l’histoire ?

Plutôt crever. J’empruntai à nouveau le conte en me jurant solennellement de ne plus jamais confier quoi que ce soit à un adulte.

 

bras croises

 

Non mais sans blague.

Mont Blanc

 

J’ai beau lutter, il arrive que la mauvaise foi me saisisse.

Elle réveille mes penchants les plus sombres.

Je l’avoue, j’aimerais parfois balayer le mont Blanc d’un revers de main, lui trancher la cime, le décapiter, comme on fouette une vulgaire montée d’œufs en neige. J’aimerais qu’il en bave et qu’il dégage du paysage, qu’il cesse d’être le plus haut sommet des Alpes, qu’il ravale ses 4807 mètres, qu’il fasse profil bas, bref, j’aimerais bien le rayer de la carte, qu’il s’écrase.

Cela dit, ma colère retombe.

Et le mont Blanc demeure.

Fabio Viscogliosi, Mont Blanc

cueillette (2)

 

23 mars – Hier soir, il était environ 23 heures, je faisais ma promenade habituelle autour du Luxembourg, une voiture passa qui fit un bruit étourdissant : on aurait dit un moteur qui explose. D’un coup, une nuée d’oiseaux s’envolèrent affolés ; tous ceux qui dormaient du côté de la rue Guynemer.

– C’est bien fait pour eux, me suis-je dit. Quand on est oiseau, on ne vient pas s’établir à Paris.

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4 mai Au Jardin des Plantes, j’ai regardé longuement un flamant rose qui, dans sa cage, allait et venait le long du mur, parcourant à quelques centimètres près la même distance, c’est-à-dire au maximum deux mètres. J’ai commencé à crier, dans l’espoir que ma vocifération le ferait changer de place, car ce mouvement uniforme, aggravé par l’élégance des pas, me mettait hors de moi. Malgré mon intervention, il continuait, comme si de rien n’était, ses mouvements d’une monotonie intolérable, qui déclenchèrent en moi une véritable angoisse. Finalement, voyant qu’il ne m’écoutait pas, je l’abandonnai.

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Quand on me demande : « Vous travaillez ? – Oui, à un article sur le suicide. » – Ma réponse coupe l’envie aux gens d’en savoir davantage.

kid and bird

Cioran, Cahiers 1957 – 1972

Victor H and Klavdij S

 

Ça se passe à la maison de Victor Hugo, Paris. Klavdij Sluban is back from la maison de Victor Hugo, Hauteville House in Guernesey, and nous expose son travail black and white. Fabuleux. Et sans trucage.

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Exposition Habiter l’exil ,

photographies de Klavdij SLUBAN

Maison de Victor Hugo, 6 place des Vosges, 75004 Paris

du 6 novembre au 1er mars