cueillant un livre… AU HASARD

 

Maeterlinck, admirablement, décrit ce qu’il advient de certains d’entre nous qui ont senti l’odeur du sang plus tôt que d’autres. Ces vulnérables, les voici : Ils sont étranges. Ils semblent plus près de la vie que les autres enfants et ne rien soupçonner, et cependant leurs yeux ont une certitude si profonde qu’il faut qu’ils sachent tout et qu’ils aient eu plus d’un soir le temps de se dire leur secret. Ces êtres étranges, Maeterlinck les nomme « les avertis ». Ils savent. Ils ressentent déjà les premiers signes du mal. Ils ne se trompent pas sur les raisons profondes de cette douleur ! Je ne sais pas pourquoi mais je sens que chacun des poètes que j’aime est une sorte d’ancien averti qui a conservé en lui une part de l’innocence du petit Yniold. Si la poésie possède un sens c’est bien de prendre en charge ces hommes et ces femmes qui semblent demander pardon d’une faute inconnue.

 Franck Venaille, C’est nous les Modernes