ça chauffe

Le téléphone sonne. J’ai un pincement au cœur. Ce n’est pas vraiment le fait d’être dérangé maintenant qui me chiffonne, j’ai encore suffisamment de temps devant moi, mais si ce téléphone sonne, maintenant, c’est que j’ai commis une erreur. S’il sonne c’est qu’il est branché, malgré toutes mes vérifications, toute mon attention, toutes mes précautions – putain de merde – , ce téléphone, je l’ai oublié, ce qui aurait pu me coûter cher. Un téléphone qui sonne sans personne pour décrocher, c’est un téléphone qui chauffe, qui chauffe tellement que le bloc de papier, à proximité, se met à jaunir, doucement, à brunir, lentement, pendant que l’irresponsable qui est à l’autre bout insiste, insiste, et fait monter la température, jusqu’à ce que sur le papier, une petite flamme naisse, naïve, mais déjà avide de tout brûler.

Joël Egloff, Les ensoleillés